Emile Dewoitine et Francazal

Article de Jean Pierre Salsenach

Préambule

Lorsqu’on évoque les activités de l’ingénieux constructeur toulousain Emile DEWOITINE
et des sociétés qui lui ont succédé, des noms des sites viennent tout de suite à l’esprit :

– St Eloi qui dès 1921, est utilisé pour construire son premier avion le D1 –
– St Martin en 1939 avec la production en série du D520                                 –
– Blagnac et le Bureau d’Etudes                                                                                      –

mais aussi bien d’autres (Un article futur sera consacré aux établissements construits et/ou utilisés par ce constructeur)

Mais ce qu’on ignore souvent c’est l’implantation sur FRANCAZAL, les premiers avion D1 utilisent le site
vraisemblablement courant 1922, la SNCASE quittera les locaux en 1941 pour s’implanter à St Martin.


Francazal en 1937

Durant ces 19 ans d’exploitation, la vie du site était rythmé par les productions
d’avions civils et militaires, des premiers vols, et des essais de ce constructeur.

 

1 – Un petit tour sur le passé des activités aéronautiques sur Toulouse et sa banlieue

 

Dès 1909 les premiers vols sur des terrains sommaires sont réalisés
autour de Toulouse. Jean René Lagasse fait ses essais, vers le pont de l’Hers,
Croix-Daurade, d’autres terrains sont utilisés, en bordure de l’avenue
Saint Exupéry, à l’entrée de Francazal, aux Minimes.

En 1910 le terrain « Le Polygone » route de Bayonne, sert pour un première
fête  aérienne, Il servira de base en 1913 pour les escadrilles à l’occasion des
grandes manœuvres militaires. En 1918 la piste Latécoère est aménagée à
coté des usines de Montaudran.

 

2 – FRANCAZAL ou FRANC-CAZAL

 

Les premiers repérages et utilisation du terrain débute en février 1911, par des vols de démonstration
de Roger MORIN avec un monoplan type BLERIOT, c’est le premier à survoler de la ville de Toulouse.

Cette photo montre un D1C1 premier avion développé par Emile Dewoitine, avec,
en arrière plan les locaux de Francazal utilisés par le constructeur.

Le premier vol du D1C1 eut lieu à PAU. La poursuite des essais se firent en partie à FRANCAZAL.

Le même D1C1 devant les locaux HM12 et HM13

 

3 – Inauguration de l’aérodrome de FRANCAZAL

 

Le terrain d’aviation fut inauguré officiellement en avril 1923
par Victor Laurent-Eynac, sous secrétaire d’Etat à l’Air.
Cette même année le D8 effectuait son premier vol suivit l’année d’après
par le D9 ainsi que beaucoup d’autres appareils de DEWOITINE.

En 1935 Air France déménage sur Francazal

 

4 – Aviation Populaire

 

Les associations de vélivoles ont vu le jour dès 1908 sur la région toulousaine,
la première était « l’Aéro-Club des Pyrénées »

Emile DEWOITINE s’intéresse très tôt à tout ce qui touche l’aviation grand public,
en 1911 on le voit assister à une manifestation aéronautique sur Jolimont.

Une autre association naît en 1923, « Association Amicale des Anciens Aviateurs » (A.A.A.).
En 1935 l’A.A.A. fusionne avec « l’Aéro-Club des Pyrénées » pour devenir :
« l’Aéro-Club de Toulouse et des Pyrénées ».

Le bâtiment de l’Aéro Club est placé entre deux bâtiments occupés par Emile DEWOITINE.

L ’Aéro–Club promeut l’aéronautique à travers des cours, des conférences, des meetings
ou participe Marcel DORET pilote de voltige mais surtout pilote d’essais de DEWOITINE.

«Grâce en particulier à ces centres de vol à voile, l’aviation gagne de plus en plus la faveur du public.
Des hommes tels que Dewoitine, Castello (*), Lagasse, permettent l’entrainement
de pléiades de pilotes qui font de Toulouse un berceaux du vol à voile français.
(Extrait de TOULOUSE TERRE D’ENVOL ) de
Georges BACCRABERE.
(*) travaille puis dirige le bureau de dessin de Dewoitine..

Enfin Emile DEWOITINE participe au développement de l’aviation populaire, dans les années 1936.
Il s’inscrit au concours de l’Aéro-club de France et pour cela il étudie et crée le D7 dit  « Moto- Aviette ».

Cet avion utilise la structure de ses planeurs le P1,P2, P3 et P4 avec la possibilité
de l’équiper avec des moteurs de puissance allant de 13 à 35 ch, fabriqués
par des motoristes tels que : Anzani, Salmson, Sergent, Clerget, Vaslin, . . .

 

5 – Bâtiments Emile DEWOITINE

 

En 1937 DEWOITINE possédait 2 hangars d’une surface de 5 800 m² employant 110 personnes,
l’ensemble était dédié à l’assemblage et aux essais en vol de ses avions.
D1, D8, D27, D33, D510, D333, D338, D520 (1938)

Ces bâtiments sont aujourd’hui démolis ainsi que le château d’eau.

Seul subsiste un morceau de mur portant les inscriptions historiques.

Hangars, photo prise aux environs de 1985

Inscriptions d’époque

Le mur a été restauré par Les Ateliers de Restauration du Musée de la ville de Toulouse.

Avec l’aimable autorisation d’Alain Marsan pour les photos.

5 – Bâtiments d’Emile DEWOITINE

 

Bâtiment « double tonneau » utilisé pour le montage et les essais du D338 dès les années 1937 à 1939
(31 appareils fabriqués pour le compte d’Air France » Ligne du Moyen Orient (Londres, Paris, Marseille, Hanoï, Saigon, Hong Kong).

D520 en juillet 1940, au total 38 appareils bloqués sur la base à cause de l’armistice.

Vue 3D des bâtiments, dessin réalisé vers 1940 utilisé par la SNCASE.

 

6 – FRANCAZAL en 1993

 

A travers ce bref rappel des activités d’Emile DEWOITINE et de ses successeurs,
il apparait qu’ils ont été des acteurs importants voire majeurs de la base de Francazal de 1922 à 1941.
Aussi bien pour la construction et la mise au point d’avions civils et militaires que pour la promotion de l’aviation populaire.

Par la suite, au départ de la SNCASE, la base de Francazal a vécu au rythme des D520,
avec le point d’orgue, la constitution du groupe FFI « DORET » avec comme pilotes,
DORET, PALMINY, GALY et bien d’autres. Ils volaient sur une vingtaine de D520.

Les inscriptions portées sur le mur résument l’implication et les actions des acteurs
à l’origine des établissements d’AIRBUS Toulouse et de la société AIR France situées à Blagnac près du musée Aéroscopia.

Cette publication est une première approche de l’utilisation de FRANCAZAL dès 1922 par le constructeur Emile DEWOITINE fondateur d’AIRBUS Toulouse,
et les sociétés qui l’ont succédé. Des recherches plus détaillées permettrons à l’avenir,
de nous éclairer plus finement sur les dates, les faits marquants et les activités civiles
et militaires exercées sur le site et les bâtiments.

 

BIBLIOGRAPHIE

– Point d’étape janvier 2020 (Rapport de madame Johanne BLANCHET DCSTI)

– Colonel Denis Le MEUR « Francazal Histoire d’une base Aérienne » Editions Privat Juin 2009

– Georges BACCRABERE « TOULOUSE TERRE D’ENVOL » Editions SIGNES DU MONDE 1993

– Raymond DANEL « EMILE DEWOITINE » Editions LARIVIERE Décembre 1982

– Raymond DANEL & Jean CUNY « LES AVIONS DEWOITINE » Editions LARIVIERE Décembre 1982

– Articles de la Dépêche à partir de 1911

– Documents du fonds d’archives de l’Aérothèque.

Jean Pierre Salsenach

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